Naissance d’un potager solidaire

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Aujourd’hui nous souhaitions vous parler d’un très beau programme de solidarité né l’an dernier au détour du projet permacole de la Biocoop du Mantois porté par les Biocoopains : le potager solidaire… Comment a-t-il vu le jour ? Qui le porte ? Qui y contribue ? Comment y participer ? Vous saurez tout en lisant cette interview confinée. Belle lecture à vous !

Les Biocoopains : Qui êtes-vous et à quel titre êtes-vous ici ?

Jeanne : Nous sommes un groupe de quelques mamans qui apportent une aide bénévole aux familles logées au Formule 1 d’Épône. Nous adhérons à l’association « un ailleurs pour tous » qui apporte une aide aux exilés, afin d’avoir un cadre juridique et officiel.

Nadia :  D’un côté de la rue, un espace en friche à cultiver et qui n’attendait que ça et de l’autre, des personnes logées à l’hôtel par le 115, dans des chambres exiguës. Elles/ils sont pour la plupart dans des situations difficiles transitoires. Que faire de ces journées ? Comment faire le lien entre des hommes et leur milieu ?

Les Bcp1 : Pour démarrer ce jardin solidaire, il a bien fallu une étincelle. D’où est-elle venue ? De besoins exprimés ou non, de personnes observatrices, de personnes engagées, d’opportunités nouvelles ou déjà présentes…

Nadia : C’est un projet qui est venu de manière très naturelle et qui s’est présenté à nous de manière évidente. La temporalité était parfaite. Du coup, je serais bien incapable de dire qui en est à l’initiative. Simplement que tout le monde était d’accord pour dire que mettre en lien les personnes logées au Formule 1 et les Biocoopains, notamment le projet d’aménagement de l’espace Biocoop dans un esprit permacole était une Vraie Bonne Idée.  

C’était une évidence et ça ne pouvait qu’être enrichissant. C’est un projet qui prend son point d’ancrage sur la terre nourricière au-delà des différences sociales ou ethniques. Pas un projet utopique, mais bel et bien concret. Chaque être humain n’a-t-il pas un rapport particulier à la terre selon le milieu dans lequel il vit ? le projet potager solidaire est un projet écologique, social et économique. Selon moi, c’est à partir de cela que mon implication, quoique modeste dans ce projet, s’est faite.

Les Bcp1 : Comment l’étincelle a-t-elle jailli ? D’une réflexion individuelle ou collective, d’une discussion entre bénévoles, entre bénévoles et bénéficiaires, d’une information nouvelle, d’une curiosité bien placée…

Jeanne : Il me semble que l’idée a germé le jour où je faisais des courses avec une maman originaire du Burkina Faso. Au printemps dernier, nous regardions les plants de légumes dans le magasin, des plants de tomates si je me souviens bien…. C’est alors qu’elle a évoqué le souhait, avec une pointe de nostalgie, de pouvoir faire pousser des légumes. Elle a exprimé ce propos tout haut sans penser que j’avais prêté attention à son envie.

C’est alors que je me suis mise à rêver lucidement moi aussi. Les personnes mettent la main à la terre, peuvent récolter le fruit de leur travail et se nourrissent de manière plus équilibrée. Les associations caritatives fournissent principalement des denrées non périssables (nous les en remercions car sans eux ce serait encore plus compliqué). Mais du coup, les personnes mangent peu de fruits et de légumes ; et puis aussi, je ne compte pas les avantages en termes de lien social, du rapport au travail retrouvé : paradoxe, bon nombre d’entre eux n’ont pas encore l’autorisation de travailler. Alors le potager solidaire est arrivé comme une évidence, une lueur d’espoir pour tous…  J’ai d’abord pensé contacter les Jardins Partagés situés à Mantes-la-Ville. Mais ces jardins sont trop éloignés du F1 et les familles ne sont pas véhiculées.

Jeanne, Sylvaine, Elsa et Nadia :  Nous avons ensuite immédiatement pensé à la Biocoop et à leur projet permacole…Un jardin potager à la Biocoop et, qui plus est, solidaire ! Il fallait que nous nous donnions les moyens de créer un pont.

Les Bcp1 : Quel a été le projet initial ?

Jeanne : Pour être tout à fait honnête, nous avions déjà l’idée de récupérer les invendus de la Biocoop pour en faire bénéficier les familles et, aussi, nous rêvions de proposer la mise en place d’un poulailler !!! Mais vous savez, il y a souvent un décalage entre les besoins et la réalisation des projets par les bénévoles. Une question de temps, de priorisation des urgences.  A l’époque, nous n’avions pas osé approcher la Biocoop.

Or, en février 2019, nous avons saisi l’opportunité de l’Assemblée Générale des Biocoopains pour nous manifester et voir ce que nous pouvions de près ou de loin apporter et mutualiser. Expérience probante …

Les Bcp1 : Que s’est-il passé à l’occasion de cette Assemblée Générale ? Quel accueil avez-vous reçu ? Qu’en est-il ressorti ?

Jeanne : Lors de cette AG de février 2019, nous étions 4 : Nadia, Sylvaine, Elsa et moi. Sylvaine a été la première à oser prendre la parole en notre nom. Nous étions intimidées, peut-être un peu gênées ne sachant pas quel accueil nous serait réservé… Nous n’avions absolument rien préparé. Nous savions juste que nous soutenions une noble cause. Nous ne doutions pas de notre dévouement. Nous ne faisions que frapper à la porte. Nous n’avions rien à perdre. Tout au plus, nous tenions à informer les Biocoopains de nos actions qui se déroulaient là, tout près, de l’autre côté de la rue. Nous savions que des ateliers permaculture animés par la SÈVE étaient sur le point de démarrer. Au départ, les Biocoopains ont, pour certains, exprimé un sentiment d’étonnement mêlé à une curiosité certaine. Une des salariées de la Biocoop nous a fortement soutenues.

Nadia et Jeanne :  Un tel projet ne pouvait pas se mettre en place immédiatement. Il fallait pouvoir lui donner du sens, son contour, ses limites. En définitive, nous dirions qu’il a fallu nous apprivoiser mutuellement. La confiance ne se donne pas sans détour…

Jeanne et moi nous sommes engagées en tant que membres actives des Biocoopains. Nous avons donc assisté aux différentes réunions animées par Mélanie. Là, un autre monde s’est ouvert à nous. Nous avons découvert une équipe de Biocoopains véritablement investis et engagés, ayant une foule d’idées pour proposer des animations et des activités au profit des consommateurs de la Biocoop qui, soit dit en passant, ne sont pas considérés uniquement comme tels. Contrairement à ce que les grandes enseignes de consommation classique pratiquent. De notre côté, il a fallu expliquer notre action, faire preuve d’une démarche visant à détailler ce qu’il était possible ou non de faire.

Nadia :  C’est ainsi que nous avons récupéré les invendus de la Biocoop, essentiellement des fruits et légumes. Ce qui est une véritable aubaine. Avec du recul, je pourrais dire que notre action arrivait à point nommé.

Jeanne et Sylvaine : Et puis, il y a eu le potager solidaire…

Les Bcp1 : Au sujet du potager solidaire, où en êtes-vous actuellement ? Que se passe-t-il dans le jardin solidaire ? Décrivez-nous la vie du jardin : les personnes concernées, les événements, les activités, les choix que vous faites, …

Sylvaine : il n‘est pas facile de combiner les agendas de toutes et tous : Justine, qui nous a rejoint cet automne et qui nous apporte sa belle énergie, travaille le samedi à la Biocoop, moi la semaine à Gennevilliers, c’est aussi le cas de Nadia, d’Elsa et d’autres participants. Donc on fait un peu et surtout comme on peut, parfois à l’improviste. Les familles du F1 sont plus disponibles mais elles n’osent pas encore venir seules. Des Biocoopains participent, nous fournissent des plans, du matériel, des planches… Les conseils de Denis son précieux, il est toujours disponible pour répondre à nos questions. Parmi les familles, Makan et Moussa se sont particulièrement investis, d’autres ont participé à des actions arrosage, désherbage ; Khedija et Salimata ont récolté des légumes. En juillet dernier, nous avons participé à un pique-nique à la Sève, c’était extraordinaire de voir Giorgi, Maia, Makan, Salimata et sa petite Mariam profiter de la nature et de l’accueil de la Sève.

Parmi les activités de l’an dernier, il y a eu la leçon de faucille de Makan, il a une dextérité qui nous a bluffées ! Le montage de la tondeuse avec Makan et Moussa, on a bien ri . Il y a eu le mystère des salades repiquées puis disparues deux fois de suite, la découverte des prunes par Nati et Carmel qui n’en avaient jamais mangées.

Nous avons créé un groupe WhatsApp pour pouvoir partager facilement les infos, les questions, les photos et surtout la joie !

Nadia : Oui, le groupe WhatsApp est très pratique car souvent, je me libère au dernier moment. Par exemple Sylvaine nous envoie un message. Je prends mon vélo et je passe donner un coup de main selon les besoins : défricher, arroser, planter. J’avoue dans ce projet, je m’adapte spontanément en fonction de mes moyens.

Les Bcp1 : Et quels freins avez-vous rencontrés ?   

Sylvaine : Au début, nous avions peur de mal faire parce que techniquement, nous n’étions pas des spécialistes de la permaculture. Cette crainte me paralysait un peu. Lors d’une réunion, Jeanne a fait part de ce petit frein et Benoit et les Biocoopains nous ont dit que nous étions libres d’entreprendre et de faire ce que nous voulions, ce qui nous a « libérées ». Seule consigne logique : utiliser des plans bio. Il nous reste encore beaucoup de choses à apprendre sur la permaculture, mais comme la Sève nous l’a expliqué la première année : il faut expérimenter. Ce concept nous convient tout à fait. Cette liberté nous permet de tenir compte des envies, idées, expériences, de tous.

Les Bcp1 : Que saviez- vous ou avez-vous appris de la permaculture ?

Elsa : En ce qui me concerne, je reste une débutante en permaculture. Par exemple, j’ai appris qu’il était inutile de trop désherber les plates-bandes, qu’il y avait des combinaisons de plantations intéressantes et qu’on pouvait pallier l’absence d’arrosage en paillant les plants. Et d’ailleurs, je voudrais rajouter qu’une des mamans de l’hôtel nous a dit que justement en Afrique, ils utilisaient beaucoup la technique de la butée de terre pour limiter au maximum les arrosages. J’ai ainsi compris qu’il était possible de limiter l’évaporation de l’eau. Moi ce qui m’a intéressé dans ce projet de jardin solidaire/permaculture c’est que ce projet s’inscrit parfaitement dans notre action d’aide aux familles. Pour quelles raisons ? La permaculture, c’est prendre soin de la terre et c’est aussi prendre soin de l’homme.  

Nadia :  Oui c’est vrai, la permaculture est un véritable projet de vie. Rien n’est figé et c’est par l’observation du jardin et de son environnement qu’il est possible de trouver une solution pour le faire grandir. Les ateliers de la SEVE portés par les Biocoopains nous ont beaucoup aidées. Tant par les ateliers auxquels certaines d’entre nous ont participé que par les échanges par SMS. Sylvaine posait une question et en retour, les Biocoopains ou les personnes de la SÈVE nous apportaient des pistes de réponses. Par exemple, les processus chimiques entre les plantes ou le phénomène d’azotée des plantes.

Les Bcp1 : Et les belles surprises ?

Sylvaine : L’été dernier, du fait de la canicule, nous n’avons pas eu d’autres choix que d’arroser les plantations. Le jardin était encore trop jeune pour être autonome. Belle surprise :  un jour d’arrosage, la précédente personne qui avait arrosé avait rempli les arrosoirs avant de partir. C’est donc maintenant la tradition : laisser les arrosoirs pleins pour faciliter la vie du suivant.  Un véritable espace de vie est en train de se créer et de s’organiser : un souci, une solution !  Le cadenas à clef des arrosoirs nous pose un problème quand le magasin est fermé, hop un Biocoopain installe des cadenas à code à la place ! Les rapports bienveillants entre le projet permacole et l’esprit solidaire de l’association « Aide au Formule 1 » font des merveilles.

Les moments dans ce potager sont uniques et un peu hors du temps, un point de rencontre entre nos vies pressées et celles un peu stoppées par des accidents de parcours des familles du F1.

Nadia : C’est drôle de constater que finalement terre et humanité vont de pair.

Les Bcp1 : Avez-vous fait un bilan : quelles sont vos réussites et bonnes surprises ? Quels sont vos blocages, échecs et regrets ? Quels sont les résultats visibles mais aussi invisibles que vous atteignez ?

Sylvaine : Le potager n’a démarré qu’en juin 2019 si je me souviens bien. Le temps que ça démarre, que chacun trouve son rythme, c’est encore trop tôt pour voir de tels changements. Ce printemps confiné est vraiment dommage du point de vue du jardin car cela serait une période propice au redémarrage après la période hivernale où la nature est à moitié endormie.

Les Bcp1 : Y a-t-il des conséquences que vous n’imaginiez pas ? Pour les bénéficiaires, pour vous personnellement, pour des personnes extérieures au projet initial, pour la suite du projet ?

Sylvaine et Jeanne :  Certaines personnes se sont investies dans ce potager, des personnes que nous n’aurions jamais rencontrées sans lui. Makan et Moussa nous ont aidé de manière très régulière. D’ailleurs, Moussa a fait preuve de créativité en confectionnant une jardinière de fleurs à partir de bouts de bois glanés aux alentours du jardin. La récolte des quelques légumes et des plantes aromatiques a été un moment de joie pour tous. D’ailleurs, le jardin est ouvert, n’hésitez pas à y jeter un œil et même à y cueillir un petit brin d’oseille ou de persil.

Des ateliers de cuisine ont par ailleurs vu le jour à l’étage de la Biocoop du Mantois à l’initiative d’Anne G., salariée de la Biocoop et Biocoopine active, afin de familiariser les familles à l’utilisation des légumes que l’on trouve au niveau local et qu’elles n’ont pas forcément l’habitude de cuisiner. L’intégration ça commence par l’assiette aussi…

Mais aussi une aide aux devoirs : Delphine, Biocoopine institutrice ayant rejoint notre équipe bénévoles d’Un ailleurs pour Tous, occupe tous les mercredis après-midi la « cantine » de la Biocoop du Mantois d’Epône pour y accompagner des enfants des familles hébergées à l’hôtel formule 1.

Et en cette période de crise sanitaire, nous organisons une collecte alimentaire hebdomadaire avec l’aide des biocoopains pour recueillir des denrées de premières nécessités dont les familles ont cruellement besoin.

Comme vous le voyez un projet qui en fait émerger tout un tas d’autres !!!

Les Bcp1 : Quels sont les intentions et les idées à venir pour continuer à faire vivre le jardin ?

Jeanne, Sylvaine, Elsa et Nadia : Gardons seulement à l’esprit que le champ des possibles est ouvert, l’espoir d’un avenir meilleur est de mise. 

MERCI et surtout un grand BRAVO à Nadia, Elsa, Sylvaine et Jeanne pour leur investissement sans faille, leur générosité et leur solidarité. Si vous aussi vous souhaitez rejoindre la team #potagersolidaire, n’hésitez pas à envoyer un courriel à Elsa à scortada@gmail.com ou à la contacter au 06.08.66.11.94.

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